Etape 8 : abandon du GR20… ? La fin de l’aventure

Ecrit le 30 Nov 2016

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Hier soir, j’ai annoncé aux gars la mauvaise nouvelle : je vais m’arrêter là. Ils me disent qu’ils comprennent, qu’ils aimeraient me voir continuer. Ils me demandent si c’est mon dernier mot, c’est mon dernier mot Jean-Pierre, en tout cas pour ce soir… Je me couche sans encore réaliser ce qu’il va se passer le lendemain. Au fond de moi, l’envie de continuer est très forte. Après tout, il ne nous reste plus qu’une journée de marche. Mais quelle journée, ce sont 30 kilomètres à parcourir et le pire c’est qu’il s’agit principalement de descente. Ça ne me tente absolument pas. Mais en même temps, je suis venu là pour en baver et pour dépasser mes limites.

4h30, le réveil sonne. Je peine à sortir de mon lit superposé et je vais directement me doucher. Suis-je en état pour continuer ? Mes jambes tremblent encore de douleur, douleur qui ne m’a pas quitté de la nuit malgré les anti-inflammatoires. Tout le monde se prépare à partir, et comme tous les matins, cela sera un départ de nuit à la frontale. Je marche une cinquantaine de mètres et m’arrête pour leur faire mes adieux. Bon courage les gars, je vous retrouve à l’arrivée. Ma peine est immense, mon désarroi est total. Je crois que je n’ai jamais été aussi dégouté de ma vie. J’ai envie de pleurer mais je retiens mes larmes. Ça ne sera pas le cas quand je me retrouverai plus tard dans le train en direction de Calvi.

En prenant la décision d’arrêter hier soir, je n’étais pas plus affecté que ça. Il fallait que j’arrête pour mon bien-être, c’était pur logique. Mais ce matin, le constat est difficile. Aujourd’hui est le dernier jour et pourtant je suis seul avec ma déprime. Pour arriver à la dernière étape par voie mécanisée, je vais mettre autant de temps que mes camarades marcheurs, c’est la loose.

Je suis au fond du gouffre. J’ai abandonné à une journée de marche de la fin. Je voulais tellement arriver au bout et dire, j’ai fait le GR20. Nous étions dans les temps pour le faire en 8 jours, un exploit pour nous qui ne marchons jamais. La fatigue est présente. Je me sens vide, sans force. Comme ci, le fait d’avoir abandonné m’avait enlevé toute mon énergie. Cette nuit, mes genoux me tiraillaient. Ce matin, ils me font toujours aussi mal. Je ne pouvais clairement pas poursuivre. Surtout qu’aujourd’hui, on allait tripler, 3 petites étapes qui devaient nous faire arriver à Calenzana en fin d’après-midi. J’espère que les gars vont y arriver. Je ne vois pas pourquoi ils échoueraient. Je dois les rejoindre à l’arrivée. J’espère que cela va me donner du baume au cœur.

Dois-je avoir des regrets ? Non, j’ai poussé jusqu’au bout. J’ai fait mon maximum en fonction de mon état de santé. Hier, je voulais m’arrêter à 10h du matin lorsqu’on a fait face à cette première descente. Pourtant, j’ai persévéré et j’ai enchainé sur l’étape la plus dure du GR20. Une montée infinie dans un terrain fait de roches, où le souffle se faisait court. Youri et moi peinions à respirer. Mes genoux tenaient dans la phase de montée, mais j’aurai dû anticiper la descente de la mort. Quand on grimpe pendant 3 heures, forcément à un moment, on va devoir redescendre. Le cirque de la solitude est fermé, et je comprends pourquoi un endroit peut s’appeler comme ça. Je ne me suis jamais senti aussi seul, seul avec mes douleurs. Seul à devoir trouver les ressources pour avancer. Putain, j’en ai chié….

Le GR20, c’est fini pour moi. J’ai passé ma journée à errer dans Calvi. Les paysages qui s’offrent à moi ne m’inspirent absolument pas. J’attends que le temps passe et ressasse mon abandon. À 18h, je fais de l’autostop pour rejoindre ma bande de potes au refuge de Calenzana. Leur bonne humeur me fait plaisir à voir. Ils l’ont fait. On l’a tous fait, me répondent-ils. La journée fut plus longue que prévu, plus de 12 heures de sentier ! Je suis content de ne pas être parti avec eux. J’avais déjà du mal à monter l’escalier de l’auberge, alors marcher 30 bornes, non merci. Nous déambulons pour aller au restaurant, on a tous une démarche loufoque, les pieds en compote et les cloques en feu. Nous sommes heureux. Demain, retour Paris, hôpital et tout le tralala. Le constat : une tendinite à chaque genou. Morale de l’histoire, une bonne préparation physique n’aurait pas été de trop 😉

Tout est allé bien trop vite. Ce fut 8 jours de bonheur, de peur, de joie, de rire, de tristesse, de rencontre, d’amitié, de marche, de calvaire, d’euphorie, de soleil, de vent, de pluie, de neige. C’est fou tout ce qu’on peut vivre en une semaine.

GR20, je reviendrais t’affronter ! Mais cette fois-ci je prendrais le temps de t’arpenter du Nord au Sud.

Merci à Youri mon binôme de m’avoir (sup)porter pendant tout le GR20.
Merci à Ronan de nous avoir montré la Voie.
Merci à Yann d’avoir accepté de partager nos repas 😉
Merci à Allibert Trekking notre sponsor sans qui nous ne serions pas partis. Je tiens à préciser aux indécis qu’il est possible de faire le GR20 en trek organisé.

Si vous avez envie de rire et de comprendre toutes les émotions que l’on peut avoir sur le GR20, je vous invite à lire le récit du GR20 écrit par Youri. On dirait presque qu’on ne l’a pas fait ensemble ^^

Et si grâce à tous ces articles, vidéos et photos, je vous ai donné l’envie de faire le GR20, allez lire mes conseils pour préparer le GR20.

Bon trek les amis

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A propos de l'auteur : Capitaine Rémi

Un presque trentenaire baroudeur qui partage sa passion du voyage. Je vagabonde depuis des années et je suis actuellement en tour du monde pour 2 ans minimum. Je réalise des défis aux 4 coins de la planète et t'encourage toi aussi à vivre tes rêves ! En savoir plus

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