Etape 5 : de Vizzavona à Pietra Piana – Le GR20 en 8 jours du Sud au Nord

Ecrit le 15 Nov 2016

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Aujourd’hui on a doublé en prenant une variante depuis Vizzavona, oui, vous avez bien lu, on a encore pris une variante. Le temps est merdique, et encore une fois, il n’est pas conseillé de prendre le chemin principal du GR20. GGGRRRRR !! On a marché pendant 4 heures, que dis-je, on a grimpé pendant 4 heures sous la pluie et le vent. Ça va vous paraitre bizarre mais à part les dix premières minutes où il est grisant de marcher sous la pluie, on s’habitue vite. Je me sentais complètement vivant et je voyais ça comme un énième obstacle à affronter. Surtout quand on a dû sauter des torrents qui s’étaient formés à cause de la pluie. Faire un saut d’un mètre vingt, avec le sac sur le dos, quel pied ! On se prend pour des aventuriers de l’extrême alors qu’on suit un chemin tout tracé… Ahahah. La montée est interminable, la visibilité est nulle. On n’en voit pas le bout et on se demande quand tout ça sera fini : le vent, la pluie, le froid, tout ça quoi…

On débarque au refuge de Pietra Piana. La pièce principale, une cuisine, est l’unique pièce où on peut aller. Elle est déjà bondée de monde. On y passe la fin de notre journée à se réchauffer. Marrant quand on sait que la seule source de chaleur de ce refuge, ce sont nous, pauvres humains entassés à se demander si le GR20 est fait pour nous. Je nourrirais d’un riz au lait au spéculos (on fait avec les moyens du bord) une femme d’une soixantaine d’années proche de l’hypothermie. Elle vient du nord et avec son mari, ils ont pris une tempête sur la gueule. Apparemment, on n’aurait encore rien vu d’une tempête « Made in GR20 Corse ». Il parait même qu’il neigeait tout là-haut. Tu m’étonnes qu’ils soient tous frigorifiés… Je la vois encore tremblante comme jamais, refusant ma préparation. Faut dire, qu’il ne donnait pas très envie ce riz au lait, mais quand on a froid et qu’on est faible, il faut manger chaud ! On partage nos exploits et nos doutes. Toutes les 20 minutes, un nouveau groupe de rescapés arrive et nous oblige à nous serrer encore plus. On se demande surtout où tout ce monde va dormir et attendons patiemment des bonnes nouvelles du gérant. On finit par nous prêter une tente que Youri et Yann monteront sous la pluie.

La pluie, je vous en ai parlé ? Pas assez je crois. Cette journée s’est passée intégralement sous la pluie, de notre réveil 6h30 jusqu’au soir 21h. Nous sommes trempés, rincés, moites, je ne sais même plus ce que signifie le mot sec. Notre tente tout entière est imbibée d’eau. Mon sac et la totalité de mes affaires ont pris la flotte. Il ne me reste plus aucune affaire d’épargnée, et je ne vous parle pas de mon sac de couchage. L’humidité a réussi à s’infiltrer partout. Autant vous dire que la nuit risque d’être longue.

Faire cette randonnée, c’est vivre des moments exceptionnels en une période de temps très court. Je sais que ces moments seront gravés à vie dans ma tête. On souffre et on galère, mais on rigole aussi, on discute, on rencontre sans arrêt d’autres randonneurs, on partage ensemble des moments de vie. Marcher fait du bien, marcher me fait du bien. On a le temps de réfléchir. Parfois, on en a marre, on gueule contre le vent et on râle contre cette pente trop pentue, trop longue, trop ardue. On aimerait un beau ciel bleu sur un chemin confortable. Mais quand ça devient trop simple, on se plaint aussi !

La plupart du temps, on marche et on ne pense qu’à la marche. On est en connexion complète avec ce qu’on fait.

On se pose des questions comme « Dois-je dormir avec mon coupe-vent trempé ou dois-je l’enlever ? Est-ce que je garde mon leggin mouillé pour le sécher grâce à ma chaleur corporelle ? Est-ce que je range mes bâtons maintenant ? Dois-je mettre mon protège pluie ? Est-ce qu’on s’arrête maintenant ou est-ce qu’on continue ? À quelle heure part-on demain matin ? Vais-je manger des nouilles ou de la semoule ce soir ? Et la question qui nous turlupine tous, est-ce qu’il va faire beau demain ???

Malgré le temps pourri, j’ai le moral. Tout est une question de mental, non ? Sans doute…

Episode 5 : Perdus

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A propos de l'auteur : Capitaine Rémi

Un presque trentenaire baroudeur qui partage sa passion du voyage.
Je vagabonde depuis des années et je suis actuellement en tour du monde pour 2 ans minimum. Je réalise des défis aux 4 coins de la planète et t’encourage toi aussi à vivre tes rêves !

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4 Comments

  1. Jenny 19 novembre 2016 à 1 h 19 min - Reply

    Ton article me fait sourire… Il me rappelle mes premiers pas dans le monde de la randonnée en juillet 2015 (oui oui c est tout récent) sur un bout du chemin de Compostelle, petit bout destiné à nous entraîner pour voir si nous étions prêts et correctement équipés pour faire notre tour de Corse à la marche. Qu’est ce que j’ai souffert, qu’est-ce que je me suis haïe ! Et j’ai haï la chaleur épouvantable (bah oui, on n’a pas idée de randonner entre 11h et 13h dans le sud ouest de la France aussi ! Mais bon, cet « entraînement » aura permis de comprendre que la rando, ça se fait dès tôt le matin ahah !
    Ensuite, en Corse, chaque jour de marche, même si j’étais accompagnée, me permettait de réfléchir à mi-même, à tout et à rien, à ce que je voulais et ne voulais pas, à mon passé, à mon futur…. à mon présent aussi, à ces ampoules que je sentais se former minute après minute et que je visualisais très bien sans même les voir ! Et chaque journée se passait pareil, j’étais contente les 10 premières minutes, puis je me haïssais les 3 heures suivantes, puis je haïssais le monde entier à partir de la 4ème heure, pour au final être super euphorique et limite complètement perchée une fois la rando finie avec une seule et unique envie : celle de recommencer le jour suivant. Serais-je maso ? 😀 Hâte de revivre une telle expérience, certainement en Tasmanie l’an prochain 🙂

    • Capitaine Rémi 29 novembre 2016 à 11 h 51 min - Reply

      Je n’ai encore jamais fait de randonnée seul, mais à te lire, j’ai l’impression que j’aimerais beaucoup. On a du temps pour penser rien qu’à soi et il n’y a rien de mieux je trouve 🙂

      La Tasmanie, c’est là où mon envie de faire de la rando a commencé. Je m’en rappelle comme ci c’était hier 🙂
      Son dernier article : Préparer le GR20 Corse et bien faire son sac à dos

  2. Pauline @MmeBougeotte 22 novembre 2016 à 11 h 44 min - Reply

    Aaaah… Tu vas rire mais je l’ai parcouru dans son entièreté fin juin -début juillet dans le sens Nord-Sud et j’ai eu 3 gouttes 😀
    J’ai eu beaucoup de chances! Je m’en rends bien compte. Je dois dire qu’au moment où je me suis retrouvée bien seule après Vizzavona (bcp arrête à cet endroit), si j’avais eu la pluie en plus de la monotonie des étapes juste après Vizzavona (C’est si dur de grimper et de descendre mais quand c’est trop plat et que tu as de la forêt pendant 6 heures, je trouvais ça long toute seule), je ne sais pas si le mental serait resté…
    Je suis encore en train de monter la vidéo, je prends mon temps.

    A bientôt Capitaine.
    Son dernier article : Visiter Namur : un week-end automnal dans la capitale wallonne

    • Capitaine Rémi 22 novembre 2016 à 16 h 20 min - Reply

      La chance !!! Le beau temps a fini par pointer le bout de son nez au 6ème jour, il était « temps » 🙂

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