GR R2 : Du Piton des Neiges à Bourg Murat (étape 9)

Ecrit le 10 Nov 2017

Vache la plaine des cafres

Quand on grimpe à 3070 mètres d’altitude pour observer le piton des Neiges, il faut aussi en redescendre. C’est peut-être la partie la moins intéressante et la plus compliquée. Car sans but excitant, la motivation est moindre. Aujourd’hui, mon seul objectif est de rejoindre Bourg Murat à 1592 m d’altitude, soit 1500 m de dénivelés négatifs du Piton des Neiges jusqu’à la ville.

Mentalement, je suis prêt à souffrir, je sais bien l’effet que les descentes ont sur mes genoux. Les muscles qui travaillent sont différents de ceux que lorsqu’on monte.  Cela grince à l’intérieur de la rotule et chaque marche peut devenir une torture. Il y a un an, les dénivelés négatifs du GR20 Corse avaient fini par avoir raison de moi… J’y pense depuis le début de ma randonnée à travers la Réunion. Est-ce que mon corps va tenir à cette marche de 140 km ? À mon grand étonnement, jusqu’à présent aucun signal n’a été donné par mes jambes. Les nouvelles semelles orthopédiques que j’ai fait faire pour corriger ma démarche y sont surement pour quelque chose. Tant mieux.

En cas de douleur, j’ai des genouillères dans le sac prêtes à être dégainé, ainsi que des antidouleurs, la seule chose qui se trouve dans ma trousse à pharmacie. Les kinés que j’ai rencontrés, et dieu sait qu’il y en a à La Réunion, m’ont tous conseillés de ne pas habituer mon genou à être maintenu par une genouillère. Il faut la mettre qu’en cas de douleur et pas avant, sinon le muscle ne travaille pas.

J’entame la descente sur les coups de 10h et il est indiqué 5h30 de marche entre le gite de la Caverne Dufour et Bourg Murat. D’un pas décidé, j’enchaine les kilomètres sans trop y voir. Une brume persistante m’oblige à me focaliser sur la descente. Pas de trêve pour filmer, on ne voit pas grand-chose d’intéressant. Ah si, il y a de très jolis oiseaux rouges appelés cardinaux. Ils contrastent parfaitement avec la végétation et les couleurs ternes de la forêt. Je prends de courtes pauses pour les observer. La végétation est luxuriante et je prends un plaisir à caresser la mousse, tantôt verte, tantôt rose.

Petit pétage de plomb dans la descente

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La descente n’est pas aussi rude que ce que j’avais imaginé. Cela descend, certes, mais le terrain est roulant. Le sentier n’est pas technique et il suffit de suivre les marches. Le dénivelé ne se ressent pas étant donné la distance à parcourir : 16km. Aucune douleur aux genoux, juste une certaine lassitude à marcher sans rien voir. J’ai l’impression de faire du sur-place. À mi-chemin, le terrain est de plus en plus boueux. Bien que des bouts de bois aient été posés et que le passage soit aménagé, il faut mettre les pieds dans la gadoue à plusieurs reprises ou faire des bons d’un mètre pour éviter les flaques de boue. Bien évidemment, il fallait que ça arrive, je glisse et me retrouve le cul par terre. Rien de dramatique, je rigole de ma chute, et repars plus prudent qu’à l’accoutumée.

boue sentier grr2

Je finis par parvenir en bas de la montagne. Je suis à la Plaine des Cafres. Le paysage change du tout au tout. Les nuages se sont évaporés et j’ai l’impression d’être atterri en Normandie, ou en Bretagne, enfin un endroit où il y a des prés avec des vaches. En tout cas, on est très loin du cliché de la Réunion. Je longe des prairies encerclées par des barbelés et franchis des échelles en métal. Des vaches paissent dans les collines et j’en profite pour faire ma pause. Quel régal de m’asseoir dans l’herbe et de contempler la nature. Je pense avoir fini ma journée mais le pire reste à venir…

Au bout du sentier, je rejoins la route et bien qu’en forme, je perds toute motivation. Je dois marcher le long d’une nationale pendant 5 kilomètres pour rejoindre la ville. Les voitures défilent à toute vitesse. Aucun intérêt. Il fait chaud comme dans un désert, je n’ai plus d’eau et j’essaye donc de faire du stop. Échec. Une heure de marche pour parvenir au premier gite à l’entrée de la ville. Lessivé, je pose mes affaires et demande un lit.

« Pas possible, c’est complet » me répond la gérante.

À aucun moment, je n’avais imaginé qu’un gite en pleine ville soit complet.

« Essayez 2 km plus bas, mais à mon avis, tout est FULL, c’est la haute saison monsieur » surenchérit-elle.

Je remets mon sac de 14 kilos sur mes épaules, et repars plus découragé que jamais. Je marche de nouveau le long de cette foutue nationale pour me rendre au refuge indiqué. Même constat d’échec, le monsieur attend un groupe d’Italiens qui a réservé tout le gite. J’ai beau lui faire les yeux doux, il me dit qu’il ne peut vraiment pas me prendre. Et merde, il ne reste plus qu’un seul gite à Bourg Murat et quand j’arrive devant la porte, il est fermé le lundi. Ouille ouille ouille. Je peste contre mon organisation. D’ailleurs, ce n’est pas une organisation puisque je n’ai rien organisé. J’ai décidé de ne rien prévoir en termes d’hébergement. Je marche et je fais en fonction de ce que la vie a à m’offrir, en croisant les doigts pour que les choses se passent bien. J’aime l’incertitude qu’il y a face à une situation imprévue, et j’adore la manière dont les choses finissent toujours par bien se finir.

Le problème, c’est que je suis fatigué et que sur le moment, je peste. Mes prises de décision sont lentes et mes choix sont réduits. Marre de trainer dans la rue à la recherche d’une solution, je finis à l’hôtel et paye le triple d’une nuit en gite. Une chambre double, des draps propres, une douche avec le petit savon qui va bien et une serviette qui sent bon la lavande. Je profite de cet excès dans mon budget pour me reposer et me faire du bien. Je m’endors à 19h et fais l’impasse sur le diner, trop fatigué pour y penser.

Demain, j’ai de la route à faire puisque je vais jusqu’au gite du piton de la Fournaise.

Mon journal de bord par étape :

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A propos de l'auteur : Capitaine Rémi

Un presque trentenaire baroudeur qui partage sa passion du voyage. Je vagabonde depuis des années et je suis actuellement en tour du monde pour 2 ans minimum. Je réalise des défis aux 4 coins de la planète et t'encourage toi aussi à vivre tes rêves ! En savoir plus

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