Etape 3 : de Basseta à Col de Verde – Le GR20 en 8 jours du Sud au Nord

Ecrit le 03 Nov 2016

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Notre première nuit dans une tente, et je dois l’avouer, j’ai bien dormi. Sans oreiller, ce n’est pas ce qu’il y a de plus confortable, surtout quand le terrain est en pente, mais au moins je n’ai pas eu froid, ce qui n’a pas été le cas de Youri. Faut dire que depuis hier soir, il pleut. Et ce matin en nous réveillant à 6h30, c’était encore pire. Des éclairs d’une intensité impressionnante foudroyaient le ciel. Même en ayant les yeux fermés, on voyait la lumière !

À peine réveillés, que nous nous prenons la tête avec Youri. Nous n’arrivons pas à tomber d’accord sur la suite de l’aventure. Devons-nous poursuivre par le tracé officiel, c’est-à-dire passer par les crêtes, ou devons-nous prendre une variante moins dangereuse ? Je n’arrive pas à évaluer les risques qui se présentent à nous. Le ciel gris ne m’effraie pas et j’ai envie de me mesurer à la montagne ! Faut dire que je viens de lire un des récits de Mike Horn. Il a affronté seul la nature dans des conditions inhumaines. Bref, je me sens l’âme d’un aventurier. Youri n’est pas de cet avis, surtout qu’ils annoncent du vent et de l’orage en haut des montagnes. Devons-vous risquer notre vie par plaisir de traverser une tempête ? Je finis par entendre raison à Youri. Nous n’avons pas à nous mettre en danger pour rien, surtout qu’on ne verra rien une fois sur les sommets.

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Quinze minutes après être parti, 2 événements viennent confirmer notre choix : j’ai une douleur atroce au genou droit et le temps se dégrade encore plus. On se prend une averse de malade sur la tête. Nos K-Way, ponchos et sacs-poubelle sont d’une inutilité incroyable. C’est désagréable à souhait. On prend le temps de s’abriter sous un beau gros arbre où paît une vache. 10 minutes à attendre et rien n’a changé, il pleut et la vache paît toujours. Nous repartons et traversons une forêt sans intérêt. Le terrain se dégrade à vue d’œil. La pluie s’accentue encore, comment est-ce possible ? Nous pataugeons pour avancer, et glissons dans la boue. On se coltine une montée à angle droit au milieu des bois, entre rocher, terre et eau. On ne perçoit même plus le chemin, volatilisé pour laisser place à de l’eau ruisselante. Des torrents se forment sous nos pieds.

Et vous savez quoi ? J’éprouve une certaine excitation à me trouver là. La pluie ne me dérange plus, je suis trempé jusqu’aux os, je patauge dans mes baskets, mon sac à dos est détrempé, mais tout ça n’a plus aucune importance, je suis en pleine conscience, appréciant ce moment exceptionnel. Je ne rêve même pas d’une douche bien chaude. Je suis simplement bien. Mon corps s’est réveillé et répond aux sollicitations demandées, déployant toute son énergie pour monter, marcher et avancer.

Ça, c’était avant d’entamer une descente interminable. C’est qu’à force de monter, il fallait bien qu’à un moment on redescende. Mon mal au genou s’empire et chaque foulée est une souffrance. On finit par arriver au village de Cozanu où l’on prendra le temps pour se changer et déjeuner.

Notre prochaine étape : le gite du Col de Verde. Pour y arriver, 18km de route avec un dénivelé positif de 800 mètres. Je marcherais une petite heure avant d’abandonner. Marcher sur du bitume n’est pas vraiment plaisant. Une camionnette finit par passer et me ramasse, vive l’autostop. J’en profite pour prendre les sacs à dos des 2 compères qui veulent absolument TOUT faire à pied. Moi, ça m’est égal. Mon objectif est de voir du paysage, pas de marcher sur de la route. Bon, en vrai j’ai beaucoup trop mal au genou et je préfère garder mes forces pour la suite.

Je profite de cette fin d’après-midi pour me reposer. Je fais sécher toutes mes affaires au bord de la cheminée et fais ainsi la connaissance d’un marcheur solitaire : Ronan.

Ronan, c’est celui qui n’avait personne pour lui dire que ce n’était pas une bonne idée de passer par les crêtes. Il a pris le chemin que je voulais prendre, celui où la tempête est trop forte et le vent glacial. À mi-parcours, las de combattre la montagne, il s’abrite dans un renfoncement. Le froid le prend. Il est frigorifié. Il sort sa couverture de survie. Ça ne change rien, ses tremblements s’accentuent. Il n’en peut plus. Son corps le lâche petit à petit, et bientôt il ne sent plus le froid. Ses yeux sont déjà fermés et voilà qu’ils commencent à s’en aller… « DEBOUT !!! » crie une voix. « DEBOUT !!! » Ce n’est pas un rêve, il y a un mec devant lui. Un anglais, torse nu — oui, oui, vous avez bien lu, le mec était torse nu —, qui l’ordonne de se lever et d’avancer ! Ronan s’exécute et 4 heures plus tard, le voilà avec moi au bord du feu, sain, sauf et sec..

Ronan ne veut plus continuer le GR20 seul. Je crois que nous avons trouvé un autre équipier pour continuer l’aventure !

Episode 3 : Changement de plan

Et voici l’épisode 3 de la websérie : LE GR20 à DEUX

Récapitulatif de l’étape 3 : Basseta – Col de Verde

Nous avons pris une variante qui nous a permis de faire trois étapes d’un coup. Nous avons donc sauté Punta Bianca, le col de Lazaro, ainsi que Punta Capella et le refuge de Prati. Il faudra donc revenir un jour.

Basseta – Cozanu

Distance : 12 km via variante

Cozanu – Col di Verde

Distance : 19 km (route)
Dénivelé positif : + 800 m
Dénivelé négatif : 0

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A propos de l'auteur : Capitaine Rémi

Un presque trentenaire baroudeur qui partage sa passion du voyage. Je vagabonde depuis des années et je suis actuellement en tour du monde pour 2 ans minimum. Je réalise des défis aux 4 coins de la planète et t'encourage toi aussi à vivre tes rêves ! En savoir plus

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4 Comments

  1. Jenny 10 novembre 2016 à 4 h 36 min - Reply

    Ah la meteo, malheureusement, on ne maîtrise pas ce paramètre hein…C’est con, je peux pas visionner tes vidéos, ça me dit que c’est bloqué dans ma zone géographique :-/

    Ça fait flipper le truc de Ronan dis donc ! Après avoir fait le tour de Corse à pied (par les Mare a Mare et Mare e Monti) sur 5 semaines l’an dernier, vu que j’avais réussi (pas sans mal) à faire toutes les étapes, j’avais envisagé de faire le GR20 au cours d’un de mes passages en Europe, mais tout ça me fait vraiment douter de ma capacité en fait 🙁 Merci pour ton partage du coup !

  2. tremolo 24 novembre 2016 à 11 h 40 min - Reply

    flippant le truc de Ronan ….. je pense que l’Anglais lui a sauvé la vie, car là tu t’endors tu te réveilles pas …..

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