Jérémy Marie : Tour du monde en stop en 1980 jours

Ecrit le 16 Oct 2015

Jérémy Marie

Jérémy Marie, le pro de l’auto-stop : 1980 jours pour parcourir 180 700 kilomètres avec l’aide de 1752 véhicules différents, Jérémy a traversé pas loin de 71 pays à la seule force de son pouce ! Faire le tour du monde en autostop, c’était son rêve et il l’a fait.

L’auto-stop, c’est quoi pour toi ?

À mes yeux, l’auto-stop est plus qu’un moyen de transport, ce serait plutôt un « moyen de socialiser tout en se déplaçant ».

En effet, l’auto-stop permet de rencontrer les populations locales vivant dans chaque endroit où l’on va se rendre. Les rencontres sont aléatoires et principalement basées sur le désir d’entraide et d’échange, qui sont des valeurs individuelles que l’on peut trouver chez n’importe quel type de personne. Avec le temps et la multiplication des rencontres, cela permet d’accéder à une vraie vision d’ensemble des sociétés traversées.

La principale qualité de l’auto-stop est donc de permettre de comprendre le monde, à partir du point de vue de ses habitants.

Puis, à un niveau plus personnel, j’aime l’auto-stop car il me procure des sensations proches de l’aventure. J’aime le fait de me sentir libre et de savoir que je peux me déplacer dans n’importe quelle direction, presque sans aucune limite tant qu’il y a du trafic. L’auto-stop permet de ressentir la route et l’environnement qui l’entourent, car l’auto-stoppeur dans ses moments d’attente, a tout le loisir d’humer ce parfum de liberté.

Une histoire vécue grâce à l’auto-stop ?

L’auto-stop permet en effet d’effectuer toutes sortes de rencontres, mais aussi de vivre toutes sortes d’aventures. Je vais donc vous raconter comment l’auto-stop m’a sauvé la vie en Bolivie.

C’était à la mi-Octobre 2010. Tout commença dans le petit village de Rio Grande, en bordure du célèbre désert de sel connu sous le nom de « Salar de Uyuni ». Mon rêve était d’accéder en stop au milieu de ce désert de sel et j’avais réussi. Depuis le petit village touristique de Uyuni, j’étais parti en direction du Salar et un camion s’était arrêté. Le conducteur bolivien accepta de m’amener jusqu’à la mine d’extraction de lithium située en plein milieu du désert de sel.

J’avais passé quelques instants à rencontrer les mineurs, partagé le déjeuner avec eux, puis il m’avait fallu repartir avec mon conducteur de camion qui repartait vers le village de Rio Grande. Suivant les renseignements de ma carte, ce village paraissait plutôt une bonne destination pour me rendre ensuite vers la frontière chilienne. Malheureusement, ce fut une grave erreur..

Les indications disponibles sur ma carte laissaient penser qu’il y avait une route qui partait de Rio Grande vers la frontière chilienne d’Ollague, avec un village localisé tous les 25 kilomètres. Au cas où il n’y aurait aucun trafic, ce ne serait l’affaire que de trois jours de marche. Je comptais donc sur ces villages pour me ravitailler le cas échéant.

Après un premier lift de 15 kilomètres, qui eut le mérite de me lancer au beau milieu de cette pampa altiplanesque, je continuais par la marche. Je réalisai rapidement qu’aucune route digne de ce nom n’allait apparaître, car les véhicules tout-terrains empruntaient simplement les zones les plus plates qu’elles pouvaient trouver entre leurs points de départ et d’arrivée. Étant donné l’espace énorme de ce désert, il allait être difficile d’arriver à se trouver en face du prochain véhicule pour solliciter un lift.

Puis, Julaca, le prochain village annoncé par la carte n’apparaissait pas. Après une journée complète de marche, j’abandonnai et passai la nuit à même le sol, emmitouflé au mieux dans mon sac de couchage. Je me réveillai le lendemain matin, poussiéreux et encore gelé par les températures négatives d’une nuit dans le désert. Ironiquement, le soleil m’amenait un peu de chaleur, mais aussi un peu de lumière qui éclaira devant moi le hameau de Julaca, situé à à peine 1 kilomètre de l’endroit où je venais de passer la nuit.

Julaca fut le dernier point de ravitaillement. Pendant les deux jours qui suivirent et une autre nuit passée dehors, je marchai droit devant sans m’arrêter. Les prochains villages indiqués étaient mal placés sur la carte et le trafic fût absolument inexistant. Mes minces réserves d’eau et de nourriture diminuèrent rapidement au point d’atteindre le niveau zéro. Sans ressource et au beau milieu du désert, seul un miracle pouvait me sauver.

Il arriva.

Un nuage de sable se forma tout d’un coup au loin. Lentement, un véhicule apparût, puis sa forme s’élargit jusqu’au moment où il arriva pile face à moi. C’était un pick-up de touristes qui visitaient cette région de Bolivie. Et, pour ajouter au hasard que l’auto-stop aime procurer, l’équipage était composé de français, dont un des membres originaires de Rouen, ma ville natale. Ils me déposèrent plus loin, près de la frontière chilienne, après m’avoir ravitaillé. Ce ravitaillement et ce repositionnement inespérés furent tout simplement comme un ange tombé du ciel, un vrai miracle.

Ce jour-là, l’auto-stop me sauva la vie, en m’envoyant étrangement des pèlerins aux racines similaires aux miennes.

Que dirais-tu à quelqu’un qui n’ose pas encore faire de l’autostop ?

Je me souviendrai toujours de ma première attente au bord de la route. C’était à Bratislava en Slovaquie, et je voulais atteindre Vienne, la capitale autrichienne, située à peine à 80 kilomètres en amont. En plus d’être terrorisé par l’éventuelle mauvaise rencontre qui m’attendait, je me sentais extrêmement ridicule. « Requérir une aide » n’est pas un geste réellement « respectable » dans notre société occidentale contemporaine, ou du moins c’est la vision que j’en avais à ce moment là de ma vie.

J’étais resté une heure et, au comble de ma honte, j’avais baissé le pouce et abandonné. Il m’avait fallu plus d’un an pour remettre le couvert au Pays de Galles, et finalement réussir à décoller mes pieds de l’asphalte grâce à l’aide d’un tiers.

Cette anecdote pour moi est importante, car jamais plus par la suite je n’ai vécu ce sentiment de « honte » à me positionner au bord de la route le pouce levé. Cette honte qui se construit par l’appartenance à une société qui délivre des codes sur ce qui est acceptable ou pas. Ce lavage de cerveau me laissait penser que l’étranger était nécessairement une personne dangereuse, que vouloir ressentir sa vie était chose futile, et que l’argent et le statut social étaient au centre de tout.

Ce que je dirais à quelqu’un qui n’ose pas encore faire de l’auto-stop serait tout d’abord de faire abstraction de tout cela et de se concentrer sur son bon sens. Il faut réapprendre à penser par soi-même. Ne pas avoir peur de l’inconnu, mais de tout de même jauger qui l’on a en face de soi. Se positionner sur un endroit où les véhicules roulent lentement, et où il y a assez de place pour s’arrêter sans déranger le trafic. Être propre sur soi, poli et souriant. Éviter au possible le stop de nuit. Puis, évidemment, être patient.

Le reste viendra avec l’expérience, et l’expérience elle, sera certainement inoubliable. Alors toi, futur auto-stoppeur, je te souhaite bonne route !

J’ai rencontré Jérémy en Australie alors qu’il était aux 2 tiers de son tour du monde. C’est une des personnes qui m’inspire encore énormément et qui m’a initialement donné l’envie de faire de l’auto-stop. Allez lire son livre Mon tour du monde en 1980 jours ou découvrez son carnet de bord, c’est du pur bonheur !

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A propos de l'auteur : Capitaine Rémi

Un presque trentenaire baroudeur qui partage sa passion du voyage.
Je vagabonde depuis des années et je suis actuellement en tour du monde pour 2 ans minimum. Je réalise des défis aux 4 coins de la planète et t’encourage toi aussi à vivre tes rêves !

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3 Comments

  1. Yohan 17 septembre 2015 à 13 h 15 min - Reply

    J’ai aussi lu son livre, c’est juste inspirant !
    Encore bravo Jérémy 🙂
    Son dernier article : Infirmier et les difficultés d’un jeune diplômé

  2. Nicolas Pithon 17 septembre 2015 à 20 h 05 min - Reply

    Bravo à toi Jérémy. L’auto stop fait aujourd’hui partie de ma vie. Je profite de chaque été pour continuer un voyage entamé il y a plus d’un an : un tour de France en auto stop des plus beaux villages.

    Je n’ai pas de véhicule et je me rends au travail toujours en stop.

    Au début, je me sentais mal, presque une gène de devoir faire du stop, mais la variété des personnes rencontrées, certaines parfois bien assorties à leur vehicule, la diversité des personnalités rencontrées m’ont fait prendre conscience que l’on peut voyager rien qu’avec la parole.

    L’auto-stop est ma vie et je me sens beaucoup moins stressé que je ne l’étais avant.

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