Maraicaïbo, Venezuela : contre-bande et pénurie

Ecrit le 11 Oct 2015

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La situation politique et économique du Vénézuéla s’empire de jour en jour. La dégradation s’est accélérée depuis 2013, date de la mort de l’ancien président Hugo Chavez. La corruption chez les hauts placés depuis des années ne fait qu’empirer la situation, et n’incite pas à l’honnêteté, quelle que soit la classe sociale. Le Vénézuéla vit principalement de ses ressources pétrolières et importe massivement les biens de consommation et produits alimentaires.

Cet article fait suite à mon billet précédent : Ne dites pas à ma mère que je suis  à Maracaïbo, Venezuela.

La monnaie vénézuélienne, le Bolívar, constitue une des particularités du pays. Officiellement le taux actuel est de 1 euro pour 6.7 Bolivars. Quand je vais retirer de l’argent au distributeur, c’est sur ce taux officiel que je suis crédité. Par contre, au marché parallèle, c’est à dire partout dans la rue, 1 euro équivaut à environ 230 Bolivars. Imaginer la différence, c’est presque 35 fois plus !! Si vous arrivez donc au Vénézuéla avec des devises étrangères (Pesos colombiens, Dollar, Euros), vous avez un énorme avantage et tous les prix vont vous paraitre modiques. Une bière dans un bar vous coutera 30 bolívars (10 centimes d’euro), un repas au restaurant 400 bolívars (2 euros), une nuit dans un bon hôtel à partir de 1000 bolívars (5 euros). Par contre, pour les Vénézuéliens dont le salaire minimum est de 4 251 bolívars c’est une vraie galère et tous les moyens sont bons pour s’en sortir.

Une ruelle de Maracaibo

Le bassin de Maracaibo bénéficie d’une situation idéale pour le trafic avec sa voisine, la Colombie. Situé à seulement 80km, les aller-retour sont légion. Le carburant au Vénézuéla ne vaut rien, un plein d’essence vous coutera moins d’un euro. Faire de la contrebande d’essence et de produits subventionnés tels que le riz, papiers toilettes, huile ou encore du savon est devenu monnaie courante. La quasi-absence de contrôle à la douane, voire l’accord implicite, favorise grandement ce trafic organisé.

Le revers de la médaille, c’est que toute cette contrebande entraine irrémédiablement une pénurie des biens de première nécessité. Le produit le plus controversé étant le PQ… Oui, vous avez bien lu, il est devenu difficile aujourd’hui à Maracaibo de se procurer du simple papier toilette, consternant ! Voir des files d’attente interminables devant les magasins aux rayons vides est monnaie courante. Faire la queue est devenu le sport national du Vénézuéla. L’État, afin d’essayer de gérer la situation, a mis en place des quotas, ainsi que des restrictions pour les non-Vénézuéliens. Officiellement je n’ai pas le droit d’acheter du PQ car je suis français.

Cette crise se ressent grandement au sein de cette ville endolorie. Ici, les routes et les bâtiments vieillissent mal. Les édifices autrefois dotés de couleurs éclatantes, palissent et arborent de jolies fissures. Pourtant, on peut retrouver de superbes églises de l’époque coloniale, des statues de vierge, ainsi que de charmantes places à la gloire de Simon Bolivar.

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De mon point de vue, une des choses qui caractérise le plus la ville, ce sont les voitures et bus en circulation ! D’abord, ce sont pour la plupart de vieilles voitures importées des États unis, de type Mustang / Chevrolet des années 80. Mais ce sont surtout de véritables carcasses ambulantes. Les pièces de rechange sont inexistantes, et le parc automobile s’en ressent grandement. La plupart des voitures sont accidentées et arborent fièrement leur cicatrice. Je m’en vais à me demander comment elles roulent, tant leur état demeure pitoyable.

Maracaibo donne le sentiment, tant elle fleure les années 1970, que peu de choses y ont poussé depuis le boom pétrolier qui avait fait la fortune de la ville, capitale de l’or noir, et celle du Vénézuéla. Ses avenues sont rectilignes, ses façades sont de béton gris, et les courbes rares, ou douces. Même les voitures, de belles Américaines aux silhouettes tracées à la règle, sont d’époque – de larges modèles nonchalants aux banquettes si larges que c’est en ribambelle qu’on en descend. Sans être absolument certains que le moteur redémarrera quand le feu passera au vert.

Citation article La Croix

Évidemment, en sachant tout ça, on se doute que la criminalité est également omniprésente. La vue des taxis scarifiés ne donne pas plus confiance que celle des ruelles mal éclairées. Alors la prudence est de mise, on ne s’aventure pas dehors avec son téléphone en poche et on montre le moins de signes de richesse possible. Prendre des photos avec mon nouveau Canon n’est donc pas au programme… Bon, j’ai quand même essayé une fois car je suis une tête brulée, et le résultat n’a pas été probant, j’étais anxieux et trop sur mes gardes pour prendre de belles photos.

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Parlons du positif aussi !

J’ai conscience de peindre un portrait assez inquiétant de Maracaibo et du Venezuela.

Pendant ce cours séjour, j’ai tout de même pu rencontrer des Vénézuéliens d’une gentillesse extrême. Je pense notamment aux jeunes de l’Alliance Française qui m’ont invité à sortir avec eux, et avec qui j’ai passé de superbes moments. Les propriétaires de l’hôtel où je loge sont également d’une hospitalité sans égale.

Je conseille à toutes les personnes souhaitant se rendre au Venezuela de connaitre quelqu’un sur place, qui pourra vous conseiller et prendre soin de vous. C’est la meilleure façon de découvrir un pays et surtout d’embrasser l’amabilité des Vénézuéliens!

Je vous invite encore une fois à vous documenter sur le Venezuela, sur sa situation, sur son histoire et sa population, voici une petite sélection de liens glaner au fil de mes recherches :

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A propos de l'auteur : Capitaine Rémi

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5 Comments

  1. Jessy 15 avril 2015 à 11 h 06 min - Reply

    Merci beaucoup pour cet article. Tu me confortes un peu dans mon idée d’attendre que la situation s’améliore pour visiter ce beau pays que semble être le Venezuela! Tu comptes y rester quelque temps ou un retour précipité en Colombie est au programme?

    • Capitaine Rémi 29 avril 2015 à 1 h 19 min - Reply

      Retour précipité. Je n’ai passé que 5 jours au Venezuela et j’avoue n’avoir pas vu grand chose au final. J’y retournerais un jour sans aucun matos, et donc sans peur !
      Tous les Vénézuéliens avec qui j’ai eu la chance de passer du temps sont d’une incroyable gentillesse !

  2. Amélie - Ma Maison sur le Dos 29 avril 2015 à 1 h 15 min - Reply

    Super article Rémi qui représente bien le Venezuela!
    Ne pas prendre de photo en voyage est un peu frustrant car on aimerait partager ce qu’on voit, mais on a la chance de pouvoir le faire à travers nos blogs et nos mots.
    En espérant que la situation s’améliore vite parce que les Vénézuéliens sont vraiment à bout de souffle et il ne méritent pas un quotidien aussi rude!

  3. Amélie - Ma Maison sur le Dos 29 avril 2015 à 1 h 20 min - Reply

    By the way, la semaine de 4 heures est l’un de mes livres préférés 😉

    • Capitaine Rémi 29 avril 2015 à 1 h 22 min - Reply

      Je suis un grand fan de Tim Ferris également. Son premier livre m’a fait pas mal réfléchir à ma façon de voir le travail 😉

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