Faire le tour de l’île de Corfu en Kayak

Ecrit le 22 Mai 2018

Le tour de l’île de Corfou en kayak, un défi réalisé en duo.

Tour de Corfou en kayak

Notre trip en kayak jour après jour

JOUR 1 de Kommeno à Katavolos

Bien que réveillé depuis 6h du matin, nous ne partons que sur les coups de midi. Et oui, ca prend du temps de bien organiser ses affaires sur le kayak. Après les avoir gonflé (les kayaks, pas les affaires), nous réfléchissions minutieusement à l’emplacement de chaque sacs et bidons étanches. J’ai avec moi tout mon matos audiovisuel, il ne faudrait pas que cela prenne la flotte). Il faut bien tout attacher et être certain que rien ne finira au fond de l’eau. Car les sacs sont imperméables, mais cela ne veut pas dire qu’ils flottent.

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Le soleil tape fort, la mer est plate, il n’y pas une once de vent. C’est Parfait. Nous partons de notre presque’île de Kommeno avec pour objectif d’atteindre Kalami à 15km de là. Nous longeons les cotes, et sommes en plein kiff. Ca y est, c’est le départ de notre aventure. On est enfin là, sur nos kayaks, en train de donner des coups de rame pour avancer. Cela fait un bien fou d’être sur la mer et de se dire qu’on va réaliser un voyage de (cor)fou. D’ailleurs, tout le monde vient nous voir pour nous poser des questions, et on sent un enthousiasme certain pour notre aventure.

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Au bout d’une heure, nous faisons une halte sur une petite plage abandonnée. L’eau est bleue turquoise. On dévore notre sandwich toasté du matin, et nous voilà déjà reparti, c’est qu’on a de la mer à faire, et on a déjà pris du retard en partant après midi.

Trois quart d’heure plus tard, nouvelle pause un peu après Pirgi. Nos bras et épaules ne peuvent pas être stimulé aussi longtemps. Encore une fois, nous nous retrouvons sur une plage paradisiaque, où nous sortons notre tuba pour patauger dans l’eau transparente.

Nous enchainons pendant trois quarts d’heure. 45 minutes à pagayer quand on n’en a pas l’habitude, c’est long.

Je suis épuisé, et je sens qu’on avance à 2 à l’heure, littéralement. Il est temps de reprendre des forces et de gouter aux spécialités grecques : Aubergines grillés, feuilles de vigne, salades grecques, poivrons, on se régale.

On repart sur les coups de 19h le ventre bien tendu. Il faut que l’on trouve un endroit où dormir. Notre objectif du jour, nous l’avons abandonné. Ce qu’on veut, c’est dormir. On recherche désespérément un spot un peu caché pour planter notre tente, mais c’est compliqué. Le littoral Est est en parti privatisé, et les plages appartiennent souvent à de gros hôtels. On va d’ailleurs essayer de se faire inviter par l’un d’eux, mais sans succès. Tanpis, on en profite pour se laver dans leur douche extérieure.

Il est 20h30, et la nuit commence déjà à tomber. Nous sommes encore sur l’eau à chercher un endroit où dormir. Nous échouons finalement à Katavolos, une plage de galets à 4 kilomètres de notre objectif du jour.

La première journée de kayak se termine, et je suis déjà KO. On a parcouru 13km en 3 heures, une moyenne de 4.3km/heure, on peut faire mieux, c’est sûr 

A demain

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JOUR 2 : de Katavolos à Kassiopi

Aujourd’hui, nous devons rattraper notre retard d’hier. Levé à 6h30 du matin, je n’ai pas beaucoup dormi et chose qui m’inquiète dès mon réveil : j’ai mal à la gorge. Nous profitons du lever du soleil pour prendre notre petit déjeuner dans une taverne juxtaposée à la plage. Est-ce nécessaire de vous dire que c’est magnifique. On entend la mer dansée sous le chant des oiseaux.

Nous remballons tout notre campement et plaçons nos sacs dans les kayaks. Le départ se fait à 10h15 sous un beau ciel bleu. L’énergie et la motivation sont au rendez-vous. Nous pagayons dans la joie et la bonne humeur. L’eau est encore plus belle qu’hier et le paysage plus sauvage. Nous quittons les gros hôtels de bord de plage pour découvrir des criques isolées. A midi 30, nous arrivons à Agios Stefanos, à mi-chemin de notre objectif. Je suis dans le mal. Cela fait une demi-heure que j’essaye de rattraper Lorène qui pagaye gaiement.

Nous déjeunons dans un restaurant en bord de plage et faisons quelques emplettes : amandes, figues séchées, banane, dattes. Il nous faut de l’énergie quand on fera une pause. Après un break d’une heure, je n’ai pas envie de repartir sur l’eau mais le devoir nous appelle. Il ne faut pas que l’on prenne de retard sur notre objectif du jour. Sinon, nous n’arriverons jamais au bout de notre aventure. Lorène ne cesse de me le rappeler. Je l’ai bien compris et suis d’accord avec elle, mais je sens que mon corps ne suit pas vraiment. Une douleur à l’avant bras droit se fait de plus en plus forte. Je n’y prêtais pas attention jusqu’à présent, mais à chaque coup de rame, je sers les dents. Je sens une petite bosse se dessiner, comme-ci j’avais pris un coup en plein sur l’os. Après 1 heure à ramer, nous nous stoppons à l’endroit le plus à l’Est de Corfou. Cela n’a pas de nom – qui donnerait un nom à une plage de 2 mètres sur 3 mètres de long – mais pour nous, c’est un point de repère important. Nous allons pouvoir débuter la partie Nord de l’île. J’immortalise cet instant en faisant quelques plans avec le drone.

J’essaye de m’endormir mais je suis tellement préoccupé par cette aventure qu’il m’est impossible de trouver le sommeil. La pause dure 45 minutes. J’aurai aimé qu’elle dure 2 heures. Nous repartons de plus belle, mais la mer n’est plus aussi calme que précédemment. Un vent de face, ainsi qu’un petit courant nous ralentit. Déjà que nous n’allions pas vite, mais là, c’est encore plus compliqué. Il y a des vagues de 50cm, avec de l’écume qui se forme. Lorène n’est pas rassurée et rame encore plus vite que d’habitude. Mais comment fait-elle ?!?

Car moi, je suis à bout de force, je rame sans conviction, et je sens la douleur de mon bras montée en moi. Le mal de tête commence à s’installer. Je veux juste arriver à bon port. Alors je rame, je rame, je rame. Je me dis que j’en ai vu d’autres, que ce n’est pas cette petite douleur qui va me stopper. Je pense à mon pote Baptiste Dubanchet qui a traversé l’Atlantique en pédalo, je pense à mon pote Julien Moreau qui a fait le tour de la Bretagne en paddle, je pense à Lorène qui est devant moi, vaillante comme jamais. J’aimerai qu’elle s’arrête, qu’elle me dise qu’elle aussi, elle est fatiguée. Mais Lorène continue, elle a la gniac. Alors moi aussi, j’avance tant bien que mal.

Nous échouons sur une crique après avoir traversé un passage bien agité. Doliprane et fruits secs, voici mon nouveau carburant pour finir la journée. Il nous reste 1.3km à faire si nous coupons la baie. En longeant la cote, la distance doublerait. Nous la coupons sans se poser plus de questions avec comme cap Kassiopi que nous voyons au loin.

Il est 18h et nous arrivons à destination. Il nous faut encore trouver un endroit où dormir, et j’avoue être à bout de nerfs. J’ai juste envie de poser notre tente n’importe où et m’endormir. Mais bon, il faut trouver où poser notre campement, et ce n’est jamais très facile dans une ville ,aussi petit soit-elle. Après avoir dégusté à un délicieux Tsatsiki, on nous indique des chambres d’hôtes à seulement 25 euros la nuit. On ne réfléchit pas plus que ça, on accepte. Petit appartement privé avec vue sur le port. Je vais pouvoir essayer de me reposer avant d’entamer une nouvelle journée. Mon bras m’inquiète et j’espère qu’il ira mieux demain.

 

JOUR 3 : De Kassiopi à Roda

Cette nuit, les moustiques ont eu raison de ma patience et à 6h du matin, je déclare forfait. Je me lève grincheux, sentant que mon sommeil n’a pas été aussi réparateur que je le souhaitais. J’ouvre la fenêtre et découvre  de notre chambre un super lever de soleil sur le port de Kassiopi. Merci les moustiques, sans vous j’aurai raté ça. Lorène résiste aux piqûres mais quand elle sort du lit, j’ai du mal à la reconnaître. Elle a le visage boursouflé et ses yeux sont à peine visibles. Quel début de journée parfait. On sait qu’apres ça,  ça ne peut qu’aller mieux 😃

On décolle à 10h15. On aurait aimé partir plus tôt mais on n’a pas pu résister à l’envie de prendre un petit déjeuner copieux. Nous partons donc le ventre plein, prêts à en découdre. Nous pagayons pendant 2 heures en marquant quelques pauses au milieu de l’eau calme, c’est agréable de ramer le matin. Le corps est en forme et l’esprit n’est pas encombré. On rame en mode pilote automatique. Mon bras droit se porte bien. Sûrement grâce aux calmants pris au réveil. (Oui, en me réveillant, j’avais encore mal au bras)

Le ciel est couvert et cela donne une couleur particulière au paysage. Nous ramons avec les montagnes albanaises à notre droite et la côte grecque à notre gauche. Une légère pluie s’invite à la fête et voilà que la mer silencieuse se met en mouvement. On est loin d’une tempête mais la configuration vient de changer subitement. Du vent et du courant contre nous. On a 1km à faire pour atteindre la pointe Nord de l’île, après quoi, nous ne devrions plus avoir de vent de face. On se motive dans cette mer tumultueuse pour passer ce passage difficile.

Il est 12h30 et nous nous octroyons une pause dans une crique magnifique. Nous avons fait la moitié du chemin. Une belle avancée qui nous rassure sur l’objectif de la journée : Roda, à 15km de notre point de départ. Après avoir déjeuné sur le pouce, nous devons à présent longer une plage sur 4km pour terminer notre journée. Il fait gris, le paysage est bof, on a l’impression de ne pas avancer. La motivation est à zéro, surtout que le vent ne fait que de changer de direction pour bien nous embêter. Comble de tout, Lorène est derrière moi. Je ne suis pas le seul à en avoir assez pour la journée. On s’arrête toutes les 15 minutes, las de pagayer. La ville met du temps à nous apparaître mais nous finissons par y parvenir à 17h.

On trouve un jardin où poser notre tente pour la nuit et installons notre campement en moins de temps qu’il n’en faut.

Même si la fin a été compliquée, nous avons battu notre record : 15km de parcouru en une journée malgré un bras qui ne va ni mieux, ni moins bien.

Il va falloir tenir ce rythme si on veut espérer finir notre périple 🙂

Jour 4 : de Roda à Sidari

Bilan du quatrième jour sur la mer… On peut dire que la chance n’est pas avec nous 🤬Double Combo, on a le droit à un cul-de-jatte et à un manchot. A nous 2, on peut faire une personne apte à l’aventure !

Et pourtant, ce fut une quatrième journée ou j’ai pris mon pied à pagayer, à défaut de prendre mon bras. Comprendra qui pourra. Vive les salades grecques. Demain est un autre jour. La nuit porte conseil.

JOUR 5 : Le tournant

Je suis le plus grand des têtus, et quand j’ai une idée en tête, il est dur de m’arrêter. J’ai tellement intégré le fait que tout est possible que je ne vois pas en quoi cette fracture m’empêcherait de continuer à kayaker. C’est pour ça que j’ai reculé au maximum le moment pour aller voir un médecin car je savais que le verdict tomberait. Rien n’est impossible et oui, je peux aller au bout de mon défi avec mon bras d’handicapé. Je n’ai aucun doute là dessus : je peux encore pagayer. Ça fait d’ailleurs 4 jours que je le fais avec cette douleur, et c’est pour ça que j’ai envie de continuer. Je sens que mon corps en est capable.

Mais à quel prix ? Dois-je me casser la santé pour réaliser mon défi ?

Et si mes excès avaient une incidence sur le long terme ? Si je force, cela signifie à coup sûr une dégradation de mon état. J’ai toujours entendu cette phrase : « on ne rigole pas avec la santé ». Je lis vos nombreux commentaires et cela m’aide à prendre un peu de distance par rapport à ce dilemme.

Qu’en est il de Lorène ? Elle se sent mieux après sa piqûre d’hier et serait prête à continuer l’aventure. Elle me dit que la décision sur la suite m’appartient.

J’aimerais prendre la décision la plus sage qu’il soit. Une décision mûrement réfléchie. Quand on est dans l’action comme on l’est avec Lorène en ce moment, il est dur d’avoir du recul. Les 2 questions que je dois de me poser pour prendre ma décision sont les suivantes : Qu’est-ce que ça va faire si je continue ? Que se passe-t-il si j’arrête ?

Et en prenant ce dilemme de la sorte, la réponse me parait évidente. Je ne veux pas avoir le regret plus tard d’avoir forcé. Il est clair que dans quelques semaines ma déception aura disparu, pas ma blessure si elle s’aggrave.

C’est aussi ça le principe d’un défi. Je ne sais jamais si je vais y arriver. Dans une telle aventure, je ne maîtrise pas tous les paramètres et il faut en être conscient. Cela ne dépend pas que de ma volonté. Il faut accepter son destin.

Il est donc plus responsable de dire STOP. Il nous reste encore une semaine sur l’île de Corfou, on va continuer notre tour de l’île de manière différente.

 

A propos de l'auteur : Capitaine Rémi

Un presque trentenaire baroudeur qui partage sa passion du voyage. Je vagabonde depuis des années et je suis actuellement en tour du monde pour 2 ans minimum. Je réalise des défis aux 4 coins de la planète et t'encourage toi aussi à vivre tes rêves ! En savoir plus

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One Comment

  1. Evie 11 juin 2018 à 8 h 55 min - Reply

    J’ai déjà fait du kayak et franchement, ça a été catastrophique. Je ne suis pas douée et je ne pense pas retenter l’expérience une nouvelle fois, lol. J’ai même failli me faire mal !

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