Voyager en fauteuil roulant

Ecrit le 19 Mar 2018

Suite à un accident, Samuel est devenu tétraplégique, mais cela ne l’a pas arrêté pour autant ! Avec son van aménagé, il revient d’un périple de 5 mois au Canada / Etats-Unis et part bientôt en direction de la Chine.

Merci Samuel ! C’était trop cool de pouvoir discuter de la vie, de l’importance de faire des choix, de prendre du temps pour réfléchir.

Pour suivre le voyage de Samuel, direction son site Internet : Sam Fait rouler

Transcription

Salut les ami.es, c’est Capitaine Rémi
Je suis avec Samuel qui, malgré le fait qu’il soit tétraplégique a décidé de continuer de réaliser ses rêves.

Aujourd’hui, tu te déplaces en fauteuil roulant, mais ça n’a pas toujours été le cas. C’est arrivé suite à un accident.

C’est ça, un accident de travail sur les chantiers. J’ai fait une chute de 6 mètres, ça a pété 2 vertèbres : Les vertèbres 6 et 7.

C’est les cervicales donc ça fait une atteinte au niveau des mains. C’est ce qu’on voit, les mains qui ne marchent pas très bien, les jambes et tout le bas du corps qui n’est pas très fonctionnel. Après, il faut se réadapter, il y a eu 4 ans de rééducation, j’ai eu avant 3 mois de réanimation.

Ca donne un peu de temps pour réfléchir, du temps aussi pour s’emmerder un petit peu et de réfléchir à ce qu’on a envie de faire pour la suite. La rééducation, c’est une partie où toi tu es acteur.

Est-ce que tu veux vraiment te bouger le cul ou est-ce que tu veux être passif ? Que ce soit les rééducateurs qui s’occupent de toi
ou alors, c’est toi qui va chercher les choses et atteindre rapidement ton but pour rapidement sortir de cet état de rééducation.

Et toi, tu as mis du temps de passer en mode “Je subis” au mode “Je vais être acteur” ?

J’ai pas eu de mode en fait. Quand j’étais en rééducation, je n’avais pas le choix. Il y avait toute la famille qui ont joué le jeu à fond
Tu n’as pas le choix, tu n’es pas acteur. Tu ne respires pas, tu ne bouges pas, tu ne parles pas. J’avais mon petit tableau pour dire :
Calins, Télé, machins.

Je parlais pas du tout. Et derrière quand tu deviens acteur. Moi j’étais pas mal sportif. J’ai fait du sport toute ma vie. Je me suis mis dans un mode mécanique où tu fais étape par étape. De temps en temps tu te retournes, et tu te dis :
“Putain, ca a bien avancé”

Mais sans réfléchir, tu avances. Pendant ces 4 ans, j’étais en mode : J’avance, je fais ce qu’il y a à faire et après on voit la suite.

Il n’y a pas de “je réfléchis”, “est-ce que tu crois que.., la vie, les gens”

Non, on s’en fout, tu vas jusqu’au bout. Il y a tes parents qui sont derrières. Ils se sont sorties les doigts du cul pour être là, pour être présent, pour te donner du sens au moment où toi tu ne pouvais pas t’en donner. Et derrière, c’est à toi de respecter ce qu’ils ont engagé en te bougeant le cul et en sortant de rééducation le plus rapidement possible et dans le meilleur état.

C’est long 4 ans, mais ça te permet aussi d’avoir du temps pour réfléchir à toi et quel trajet tu as envie de donner à ta vie. C’est une chance en fait parce que tu n’as rien, tu n’as plus rien. C’est comme ton petit panier : j’adore tel truc, j’aime les voyages, je vais remettre ça dans mon panier. Je vais pouvoir conduire, je vais acheter un truc pour être mobile. Je vais mettre ça dedans, et petit à petit tu mets dans ton panier des choses que tu as choisies. Avant tu n’avais pas choisi parce que la vie. Elle avance super vite.

Dans la vie, on a beaucoup de choix. Le fait d’avoir cet accident, je pense que tu as une période où tu te dis : “mince, je ne peux plus faire ça” et on voit les choses qu’on ne peut plus faire.

Ca réduit le champs des possibles mais en même temps, il y a toujours des possibilités de faire autrement.

On a le choix de faire bcp de choses dans notre société, en France.

Moi, je suis tétraplégique en France, dans un autre pays je suis mort. Là, tu peux t’agiter dans ce pays là, avec les règles de ce pays là. Une fois que tu sors de rééducation, et que tu as cette condition, la vision des choses est complètement différente
parce que toi tu dégages autre chose. Les gens te regardent différemment et tu peux installer ton rapport à ce qu’on te renvoie. Tu n’es plus dans la normalité. Donc le regard qu’on te renvoie, il n’est plus normal. C’est toi qui va jouer avec ce truc comme tu veux.

Je ne sais pas si tu peux imaginer que dans la rue tu peux demander quasiment ce que tu veux, dans cette situation, avec un grand sourire, les gens ils sont déstabilisés parce que c’est pas normal, ils ont tous leur code, de charité, ce qu’on a dans notre culture française. Si tu es correct avec les gens, et que tu es correct avec toi, la vie, tu en fais ce que tu veux.

Il y a une question que je me pose souvent, c’est le terme handicap. Je ne sais pas comment définir tout ça. Est-ce que Handicap, c’est un mot qui est négatif ? Est-ce que tu te définis comme handicapé ?

C’est notre société qui nous propose ça. Moi je ne sais même pas comment on fait. Quand on me dit que je pourrais expliquer,
car je suis concerné. Je suis posé là dessus, qu’est-ce que j’en sais. Tu le vois comme moi, c’est un outil et cela ne veut pas dire que je vis handicap, je m’en bas les couilles de ça. C’est pas ma vie, c’est mes contraintes à moi. Moi, c’est mon ensemble de contraintes, je fais avec ça, j’avance, je ne suis pas handicapé.

Il y en a d’autres qui se définissent avec ça. il y en a qui se définissent en tant que femme, d’autre en tant qu’homo. Moi j’ai l’impression d’être un individu puis après tu prends la contrainte autour, les spécificités de ce qui t’entoure.

Tu as acheté ce van aménagé afin de voyager

Oui, pour continuer à faire ce que j’aime.

Tu ne peux plus marcher mais tu as trouvé un nouveau moyen de te déplacer. C’est ce camion et c’est toi qui le conduit.

Sur l’intégralité du voyage, c’est moi qui conduit. Cela permet d’équilibrer avec l’infirmière qui m’accompagne qui elle fait aussi la bouffe, la manutention, qui m’aide à me laver pour la toilette aussi mais ça équilibre tout ça. Ces gens sont bénévoles quand ils viennent. Moi ca me permet de proposer quelque chose de cool. Ils viennent parce que c’est kiffant. C’est un équilibre d’humain à humain.  Il n’y a pas que “eux qui viennent pour m’aider”, c’est les deux, moi je les fais balader, et eux ils m’aident.

Le truc, c’est que tu ne conduis qu’avec des manettes à la main ?

J’accélère en tournant la poignée. Je freine en poussant la poignée de droite. Et j’ai le volant qui est assisté avec une fourche parce que je ne tiens pas les mains. Ca me permet de tourner le volant, donc j’ai tout. J’ai les phares, les clignotants, tout à la main. j’ai même une grosse lampe de leds pour bousiller la rétine des gens en face.

J’avais vu une vidéo d’un mec qui n’avait pas de bras et qui conduisait avec ses pieds. Il peut faire du drift et tout ça.

La société nous dit il faut conduire avec les pieds et les mains, mais au final il est possible de contourner ça. Il y a beaucoup d’aménageurs qui font des trucs sur mesure. Ce n’est que du sur-mesure mon van. Tu peux faire ce que tu veux, c’est de la mécanique. Il y a des gens qui travaillent bien et avec des gros cerveaux et qui arrivent à faire des choses adaptés à tout le monde.

Donc ce camion, je me suis déplumé pour avoir ça. J’habite à Grenoble, en HLM, je ne suis pas dans le luxe. Une vie simple et j’ai tout mis là-dedans. Tous les gens qui m’ont entouré m’ont aidé à mettre ça la-dedans. Et les partenaires m’ont aussi donné du matériel pour faire ça.

C’est un choix, tu mets tout dedans, ce n’est pas le loisir du week-end. C’est ma vie, je n’ai que ça.

Ce sont des choix : qu’est-ce que tu veux faire dans ta vie ?

Il faut le définir précisément et mettre tout dedans. De manière générale, on ne prend pas assez de temps pour nous pour définir ça. On se laisse manger par la vie. Où est-ce que tu orientes ton énergie ? Tu as une dose d’énergie, si tu es bien entouré, tu en as un peu plus parce qu’ils te soutiennent un peu plus, tu as de bons échanges, mais où est-ce que tu la mets ton énergie ?

Est-ce que tu te disperses ? ou est-ce que tu redéfinis où est-ce que tu mets ton énergie dans un truc où tu sais que ca va te faire kiffer. Et c’est de la mécanique, tu sais que ca va te faire kiffer à la fin, de rêver d’être à cet endroit là, même si ce n’est qu’une minute. 1 minute quand tu es au cercle polaire, que tu fêtes tes 30ans, le bras à la fenêtre, à poil dans ton lit, mais là, c’est laisse-tomber, c’est le kiff tu vois. C’est peut-être une fucking minute, mais tu t’es organisé pendant 2 ans pour faire ça
et là, tout a du sens.

Les gens pensent souvent : quelles sont les barrières, les contraintes qu’il y a et au final, “ce n’est pas possible, c’est trop dur”. On trouve plein d’excuses et je pense qu’il faut le faire dans le sens inverse. C’est ça mon objectif.

il y a des barrières, on s’en fiche. Je sais qu’il y aura des difficultés. On parle de mobilité, de vieillesse : je suis trop jeune / je suis trop vieux. Ces remarques reviennent en permanence. Les situations professionnelles aussi qui servent d’excuses.

Tu n’es pas sûr de ce que tu veux faire. Reprends le temps, va te faire un pèlerinage. Va dans la montagne. Tu te mets dans un buisson, tu attends 2/3 semaines, le temps que ca réfléchisse et tu redéfinis précisément ce que tu veux.

Quand tu redescends de ton buisson et de ta montagne, tu sais ce que tu veux, car tu te les es tellement caillé là-haut que tu es sur que tu veux ça et là, il y a plus de barrière, tu lâches ton boulot, tu fais tout.

Je sais que le temps, ca m’a bcp aidé pour me construire, le temps que j’ai eu pour moi-même, j’ai fait une transatlantique où je suis resté 35 jours sur le bateau et là, tu cogites à ta vie, à ton passé, à ton futur, là où tu veux aller et ca fait vachement du bien de prendre ce temps là

Sur ton voyage Etats-Unis – Canada, ce qui est intéressant, c’est que tu ne l’as pas fait que pour toi. Tu le fais pour aller à la rencontre de solutions dans le handicap

On a pu rencontrer des universités, des parcs d’attraction complètement accessibles. On est allé voir les ambassades, les consuls, voir ce qu’ils faisaient, on a vu des centres de recherche aussi à Miami et à Montréal. Ca permet d’avoir une palette un peu plus général sur comment font les autres pays. Quelles solutions ils ont ?

C’est hyper intéressant d’aller à l’intérieur et de voir les acteurs du handicap parce que je suis concerné par ça, pour voir les bonnes pratiques et savoir ce qu’on peut transposer en France, faire des échanges inter-continents.

Un grand voyage de 5 mois Etats-Unis – Canada. Et là tu t’apprêtes à faire un autre grand voyage ?

Partir en Chine et là ca va être avec ma chérie. Traversée de la Russie, Mongolie, Chine, Kirghizistan, Ouzbékistan, Kazakstan, Géorgie, Turquie. Après on va remonter par la côte.

Ca va être un chouette voyage !

Est-ce que tu as des choses que tu aimerais dire à des personnes qui ont des envies, mais qui n’osent pas ?

Moi, à ma petite échelle, c’est de faire une petite chose tous les jours. Bruce Lee, il disait : C’est dans les petites choses quotidiennes qu’on arrive à gérer le reste. C’est en maitrisant les détails qu’on arrive à gérer le reste.

Moi, j’ai fait vraiment tous les jours un petit peu, un petit peu. Je me lève tous les jours et je me mets la tête dans l’ordi et je fais vraiment tous les jours, tous les jours.

Parce que moi je ne déblaye pas de grosses choses d’un coup. Donc si je ne m’y mets pas un petit peu tous les jours, il ne se passe rien. Et grâce à ça, quand tu te retournes, il s’est passé vraiment des choses.

Vous pouvez retrouver Samuel sur son facebook et sur sa page Internet : Sam fait rouler

A propos de l'auteur : Capitaine Rémi

Un presque trentenaire baroudeur qui partage sa passion du voyage. Je vagabonde depuis des années et je suis actuellement en tour du monde pour 2 ans minimum. Je réalise des défis aux 4 coins de la planète et t'encourage toi aussi à vivre tes rêves ! En savoir plus

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